Traitement de l’eau de chaudière : adoucir, dégazer, pH

Une chaudière à vapeur japonaise arrive sur votre site avec une fiche de qualité d'eau qui cite la JIS B 8223. La conductivité y est donnée en mS/m, une ligne « consommation d'acide (pH 8,3) » remplace les TA/TAC que vous connaissez, et l'eau d'alimentation n'a pas le même pH que l'eau de chaudière. Avant le premier allumage, quelqu'un doit transformer cette fiche en programme de traitement d'eau exploitable.
Le traitement de l'eau de chaudière consiste à maîtriser la dureté, l'oxygène dissous, le pH et la concentration en matières dissoutes, pour que la chaudière ne s'entartre pas et ne se corrode pas. Une production de vapeur stable dépend autant de la conduite côté eau que du réglage de la combustion.
Ce guide présente les trois traitements de base (adoucissement, dégazage et conditionnement alcalin), le rôle de la purge de déconcentration, puis la lecture d'un tableau de qualité d'eau JIS B 8223 en regard des normes NF EN et de l'ASME que vous utilisez peut-être déjà. Il se termine par une liste de contrôle, des questions pour le fournisseur japonais et un modèle de courriel.
Sommaire
- À quoi sert le traitement de l'eau de chaudière
- Lire une spécification japonaise de qualité d'eau : la JIS B 8223
- La JIS B 8223 face aux lignes directrices ASME et aux normes NF EN et IS
- Contrôles quotidiens de l'eau
- Liste de contrôle avant la mise en service d'une chaudière japonaise
- Questions à poser au fournisseur japonais
- Cas où ce guide ne s'applique pas
- FAQ
- Sources
À quoi sert le traitement de l'eau de chaudière
L'eau du réseau comme l'eau industrielle contiennent des minéraux et des gaz dissous que l'on ne voit pas. Une eau assez propre pour être bue n'est pas pour autant adaptée à une chaudière, qui chauffe et évapore la même eau en continu.
La vapeur quitte la chaudière sous forme d'eau presque pure, alors que les matières dissoutes restent à l'intérieur. Le traitement porte donc sur deux choses : la qualité de l'eau qui entre et le degré de concentration que l'on tolère dans l'eau qui reste. La figure 1 montre où se trouve chaque type d'eau dans le cycle.
Figure 1 : où se trouve chaque type d'eau dans le cycle
Examinez séparément l'eau d'appoint, l'eau d'alimentation, l'eau de chaudière et les condensats de retour, et pas seulement la sortie de l'adoucisseur.
Schéma de principe. La position du dégazeur et des points d'injection de produits dépend de la méthode de traitement et du modèle de chaudière.
Les termes d'une fiche technique japonaise suivent ce même cycle :
- Eau d'appoint (hokyusui) : eau neuve ajoutée de l'extérieur du circuit
- Eau d'alimentation (kyusui) : eau envoyée dans la chaudière par la pompe alimentaire
- Eau de chaudière (boiler-sui, aussi kansui) : eau en cours de chauffage à l'intérieur de la chaudière
- Condensats (drain ou fukusui) : vapeur qui a cédé sa chaleur et est redevenue liquide ; une fois récupérés, ils font partie de l'eau d'alimentation
Sans traitement, deux problèmes s'installent : des dépôts solides se forment sur les surfaces d'échange et le métal se corrode. Les dépôts augmentent la consommation de combustible et provoquent des surchauffes locales, tandis que la corrosion amincit le métal jusqu'à la fuite. Chacun des deux peut arrêter la production.
Considérez l'installation de traitement d'eau comme un équipement dont on suit les performances en exploitation, et non comme un accessoire posé contre la chaudière.
Adoucissement : éliminer la dureté
L'adoucissement retire de l'eau le calcium et le magnésium, qui forment la dureté (TH). Quand l'eau chauffe et se concentre, ces minéraux précipitent et forment du tartre sur les surfaces d'échange.
Un adoucisseur classique fait passer l'eau sur une résine échangeuse d'ions sous forme sodium. La résine fixe le calcium et le magnésium et libère du sodium à la place. La figure 2 montre les deux modes de fonctionnement.
Figure 2 : l'adoucisseur échange la dureté et se régénère à la saumure
La destination de l'eau et le rôle de la résine ne sont pas les mêmes en service et en régénération.
Une régénération réelle comprend aussi des étapes de lavage à contre-courant et de rinçage. Les eaux de régénération ne sont jamais envoyées à la chaudière comme eau d'alimentation.
La résine ne peut retenir qu'une quantité limitée de dureté. Une fois saturée, la dureté commence à fuir vers la sortie. La régénération fait passer de la saumure dans le lit pour ramener la résine sous forme sodium, et c'est pourquoi le bac à sel doit rester approvisionné.
L'adoucissement n'est pas la déminéralisation, qui retire presque tous les sels dissous. Une eau adoucie contient encore des matières dissoutes après l'échange des ions de dureté contre du sodium, et une faible conductivité ne dit donc pas si l'adoucisseur fonctionne.
Contrôlez la sortie de l'adoucisseur par un test de dureté (TH), et consignez séparément l'eau brute et l'eau traitée. Du sel dans le bac ne prouve pas que l'appareil fonctionne bien. Suivre aussi les cycles de régénération et le volume traité permet de repérer plus tôt une fuite de dureté.
Si de la dureté apparaît, écartez d'abord le point de prélèvement et les réactifs, puis remontez l'historique de l'adoucisseur. Les causes typiques sont les suivantes :
- Manque de sel de régénération
- Cycle de régénération défectueux
- Volume traité supérieur à la capacité de l'adoucisseur
- Eau brute qui passe par un by-pass
Le tartre constitue une résistance thermique côté eau et ralentit le transfert de chaleur du métal vers l'eau. Forcer la combustion pour garder la même production de vapeur ne fait que charger davantage le métal, avec un risque de surchauffe locale et de dommage aux tubes.
Figure 3 : même un dépôt mince bloque la chaleur entre le métal et l'eau
Une couche qui conduit mal la chaleur fait monter la température du métal.
L'épaisseur de la couche et l'écart de température sont donnés à titre d'illustration. Le schéma n'est pas à l'échelle et ne montre pas la répartition des températures dans une chaudière réelle.
Les boues en suspension dans l'eau et le tartre collé à une paroi ne s'éliminent pas de la même façon.
L'encrassement côté eau touche aussi l'économiseur, qui préchauffe l'eau d'alimentation avec les fumées. Il faut maîtriser toutes les surfaces d'échange sur le trajet de l'eau d'alimentation, et pas seulement la chaudière elle-même.
Dégazage : éliminer l'oxygène dissous
Le dégazage réduit l'oxygène dissous afin de limiter la corrosion des tuyauteries d'alimentation et de l'intérieur de la chaudière. Un adoucisseur ne retire pas l'oxygène : même une eau adoucie doit donc être évaluée du point de vue de l'élimination de l'oxygène.
Le dégazage thermique chauffe l'eau pour chasser les gaz dissous et les évacue hors du circuit. Le chauffage ne suffit pas : la facilité avec laquelle les gaz s'échappent et la conduite de l'évent comptent autant dans l'efficacité.
La figure 4 compare les trois méthodes courantes et ce qu'il faut surveiller pour chacune.
Figure 4 : méthodes d'élimination de l'oxygène et points à vérifier
L'élimination physique et la réaction chimique n'agissent pas de la même manière, et ne se surveillent donc pas de la même manière.
Ne choisissez pas entre méthode thermique et méthode chimique d'après la seule taille de la chaudière. Retenez la combinaison qui répond à la qualité d'eau exigée, aux conditions d'alimentation et au mode d'exploitation de l'usine.
Une pompe doseuse qui tourne ne prouve pas que la bonne dose est injectée. Un bac de produit vide ou un problème d'aspiration peut empêcher la pompe de délivrer la dose requise. Comparez la consommation de produit aux heures de fonctionnement, et rapprochez-la de l'analyse d'eau propre au traitement employé.
L'oxygène peut se redissoudre partout où l'eau dégazée est en contact avec l'air. Connaître l'implantation des équipements et les points de prélèvement aide à distinguer un traitement insuffisant d'une recontamination après traitement.
Votre périmètre de contrôle doit couvrir tout le trajet jusqu'à la chaudière, et pas seulement la sortie du dégazeur.
Conditionnement alcalin : tenir le pH dans la plage
Le conditionnement alcalin utilise des produits chimiques pour ajuster le pH et les paramètres associés, afin que l'eau soit moins corrosive pour le métal. Un pH plus élevé n'apporte pas automatiquement plus de protection.
Une eau de chaudière qui dérive vers l'acidité provoque de la corrosion, mais une alcalinité concentrée en un point précis cause aussi des dégâts. L'objectif est la plage de contrôle propre au modèle de chaudière et à la méthode de traitement, et non l'alcalinité la plus forte possible.
L'eau d'alimentation, l'eau de chaudière et les condensats de retour ont chacune leurs propres valeurs de contrôle. Si l'on applique un seul objectif de pH à « toute l'eau de la chaudière », la mesure et l'action corrective ne correspondent plus.
La figure 5 donne un exemple tiré de la JIS B 8223, où les deux plages sont très différentes.
Figure 5 : le pH de l'eau d'alimentation et celui de l'eau de chaudière se contrôlent séparément
Une condition de la JIS B 8223:2021 pour une chaudière à circulation spéciale multitubulaire (takanshiki tokushu junkan boiler), telle que reproduite par le ministère japonais de l'Environnement.
| Eau prélevée | pH à 25 °C (77 °F) | Ce qu'il faut en retenir |
|---|---|---|
| Eau d'alimentation | 5,8–9,0 | Limite de l'eau avant son entrée dans la chaudière |
| Eau de chaudière | 11,0–11,8 | Limite de l'eau traitée et concentrée à l'intérieur de la chaudière |
Pression normale de service de 1 MPa (environ 10 bar) ou moins, eau d'appoint adoucie, traitement alcalin. Ce n'est pas une consigne valable pour tous les types de chaudières. Source : ministère japonais de l'Environnement, « Gestion appropriée de la qualité de l'eau d'alimentation des chaudières » (en japonais).
Les limites de pH sont données à une température de référence (25 °C dans la JIS), et non à la température de service. Ne comparez pas la lecture d'un échantillon chaud à une limite à 25 °C. Refroidissez l'échantillon comme l'indique la procédure avant de mesurer.
En pratique, fixez la norme de contrôle de votre site à partir de la notice de la chaudière et de la spécification de traitement d'eau, et consignez la température de mesure et le point de prélèvement avec chaque résultat.
Les condensats posent un problème distinct : le dioxyde de carbone s'y dissout et les rend acides. Relever le pH de l'eau de chaudière avec de la soude (hydroxyde de sodium) ne le résout pas.
La soude passe difficilement dans la vapeur : régler l'eau de chaudière seule ne suffit donc pas pour considérer les lignes de condensats comme protégées. Examinez la qualité des condensats et l'usage de la vapeur, puis choisissez si nécessaire un traitement des condensats compatible.
Lorsque la vapeur est en contact direct avec des aliments ou d'autres produits, les produits chimiques doivent aussi convenir à cet usage. Choisissez le type de produit et la dose selon l'application de la vapeur et la spécification de traitement du constructeur, et pas seulement selon la qualité d'eau.
Lire une spécification japonaise de qualité d'eau : la JIS B 8223
Les constructeurs de chaudières et les fournisseurs de traitement d'eau japonais citent le plus souvent la JIS B 8223 pour les limites de qualité d'eau. L'édition actuelle, la JIS B 8223:2021, couvre l'eau d'alimentation, l'eau de chaudière et la qualité de la vapeur des chaudières à vapeur terrestres et marines. L'édition 2015 qu'elle remplace ne couvrait que l'eau d'alimentation et l'eau de chaudière.
La norme fixe les limites selon la catégorie de chaudière, la pression de service, le type d'eau d'appoint (adoucie ou déminéralisée par échange d'ions) et la méthode de traitement. Pour lire la bonne colonne, il faut connaître ces quatre éléments. Le tableau ci-dessous reprend la colonne complète dont est tirée la figure 5.
Figure 6 : une colonne d'un tableau de la JIS B 8223:2021
Chaudière à circulation spéciale multitubulaire, pression de service de 1 MPa (environ 10 bar) ou moins, eau d'appoint adoucie, traitement alcalin.
| Eau | Paramètre (intitulé de la JIS) | Limite |
|---|---|---|
| Eau d'alimentation | pH à 25 °C | 5,8–9,0 |
| Eau d'alimentation | Dureté, en CaCO3 | 1 mg/L ou moins |
| Eau d'alimentation | Fer, en Fe | 0,3 mg/L ou moins |
| Eau de chaudière | pH à 25 °C | 11,0–11,8 |
| Eau de chaudière | Consommation d'acide (pH 8,3), en CaCO3 | 80–600 mg/L |
| Eau de chaudière | Conductivité électrique à 25 °C | 400 mS/m ou moins (4 000 µS/cm ou moins) |
| Eau de chaudière | Ion chlorure, en Cl | 400 mg/L ou moins |
| Eau de chaudière | Ion phosphate, en PO4 | 20–40 mg/L |
| Eau de chaudière | Ion sulfite, en SO3 | 10 mg/L ou plus |
| Eau de chaudière | Hydrazine, en N2H4 | 0,1 mg/L ou plus |
Valeurs telles que reproduites dans le document du ministère de l'Environnement cité à la figure 5. Le phosphate, le sulfite et l'hydrazine sont des résiduels de produits chimiques : consultez les notes de la norme pour savoir quand chacun s'applique. Les autres types de chaudières, pressions et traitements ont d'autres limites.
Quatre points déroutent souvent les lecteurs hors du Japon :
- Conductivité en mS/m. La JIS utilise le millisiemens par mètre. 1 mS/m = 10 µS/cm, donc 400 mS/m équivalent à 4 000 µS/cm. Vérifiez l'unité avant de comparer avec la lecture de votre conductimètre.
- Consommation d'acide (sanshohiryo). La « consommation d'acide (pH 8,3) » est la quantité d'acide nécessaire pour amener l'échantillon à pH 8,3, exprimée en CaCO3. Les références japonaises l'assimilent à l'alcalinité à la phénolphtaléine (alcalinité P). Elle se rapproche donc du TA français, qui se mesure avec le même indicateur ; le TAC correspond à l'alcalinité totale (M). Le point final de cette dernière est à pH 4,8 dans la méthode japonaise, mais d'autres méthodes retiennent un autre point (vers pH 4,3 à 4,5) : confirmez la méthode d'essai (JIS B 8224:2022 côté japonais) avant de comparer des résultats.
- Dureté et alcalinité en mg/L de CaCO3. En France, TH, TA et TAC s'expriment en degrés français (°f), avec 1 °f = 10 mg/L de CaCO3. Une dureté de 1 mg/L correspond donc à 0,1 °f. Confirmez la conversion avec votre laboratoire avant de reporter une valeur.
- Température de référence. Les limites de pH et de conductivité sont données à 25 °C. Si votre appareil applique une compensation de température, vérifiez quelle température de référence il utilise.
La JIS B 8223 face aux lignes directrices ASME et aux normes NF EN et IS
Il n'existe pas de correspondance terme à terme entre la JIS B 8223 et les documents utilisés en Europe, aux États-Unis ou en Inde. Chacun classe les chaudières à sa manière : on ne peut pas reprendre un chiffre d'un tableau pour l'appliquer à un autre.
Le tableau ci-dessous compare les documents eux-mêmes. Il ne donne aucune limite ASME, EN ou IS, faute d'avoir pu les vérifier dans les normes publiées : lisez-les dans les documents achetés, ou demandez-les à votre fournisseur de traitement d'eau.
Figure 7 : les référentiels de qualité d'eau de chaudière côte à côte
Utilisez ce tableau pour identifier le document auquel renvoie une spécification, et non pour convertir des limites.
| Document | Émis par | Champ | Regroupement des limites |
|---|---|---|---|
| JIS B 8223:2021 | Normes nationales japonaises (JIS), publiées par la Japanese Standards Association | Eau d'alimentation, eau de chaudière et vapeur des chaudières à vapeur terrestres et marines | Catégorie de chaudière, pression de service, type d'eau d'appoint, méthode de traitement |
| ASME « Consensus on Operating Practices for the Control of Feedwater and Boiler Water Chemistry in Industrial and Institutional Boilers » (2021) | ASME, Research and Technology Committee on Water and Steam in Thermal Systems | Pureté de l'eau d'alimentation, de l'eau de chaudière et de la vapeur des chaudières industrielles et institutionnelles | Sept catégories selon la conception et l'usage ; les limites varient avec la pression de vapeur et le régime de fonctionnement |
| EN 12953-10:2003 (en France : NF EN 12953-10) | CEN (reprise en norme nationale, par exemple NF EN, BS EN, DIN EN) | Chaudières à tubes de fumée : exigences relatives à la qualité de l'eau d'alimentation et de l'eau en chaudière | Voir la norme |
| EN 12952-12:2003 (en France : NF EN 12952-12) | CEN | Chaudières à tubes d'eau : exigences relatives à la qualité de l'eau d'alimentation et de l'eau en chaudière (qualité de la vapeur exclue) | Voir la norme |
| IS 10392 | Bureau of Indian Standards (BIS) | Eau d'alimentation et eau de chaudière des chaudières terrestres basse et moyenne pression | Voir la norme ; confirmez l'édition en vigueur auprès du BIS |
L'ASME publie ce texte comme guide de consensus, et non comme exigence de code. Pour les NF EN, vérifiez l'édition en vigueur auprès d'AFNOR : la fiche NF EN 12953-10 mentionne un projet de révision. Éditions vérifiées en novembre 2026.
Quand une chaudière japonaise entre dans une usine qui suit les NF EN ou l'ASME, les deux jeux de limites peuvent ne pas concorder. Demandez au constructeur quelles limites s'appliquent à son équipement et à sa garantie, et s'il accepte un programme de traitement local fondé sur un autre référentiel.
Contrôles quotidiens de l'eau

Les contrôles quotidiens sont plus utiles quand chaque mesure renvoie à un équipement :
- La dureté renseigne sur l'adoucisseur
- L'oxygène dissous ou l'excès de réducteur renseigne sur le dégazage
- Le pH renseigne sur l'injection de produits et la concentration
La conductivité répond aux ions dissous, et les usines s'en servent pour suivre la concentration. Ce n'est pas une mesure de dureté, et la température comme les produits de traitement l'influencent aussi : ne confondez pas ce que chaque mesure indique.
Comparer des échantillons prélevés à des points différents peut faire passer pour un défaut une différence normale due au traitement. Gardez la même eau, la même température et la même méthode d'essai, et lisez l'écart par rapport au résultat précédent.
Des réactifs périmés et des flacons de prélèvement sales faussent aussi les résultats. Notez le point de prélèvement, les changements de réactifs, les régénérations et les appoints de produits sur la même chronologie que les mesures, pour retrouver ensuite les causes.
Soutirer directement dans un récipient de l'eau chaude sous pression peut provoquer des brûlures ou une projection soudaine. Respectez la procédure de refroidissement et de détente du site ainsi que les règles d'EPI pour le prélèvement, et ne modifiez jamais seul les tuyauteries ou les vannes.
Maîtriser la concentration par la purge
Même avec un traitement, les matières dissoutes se concentrent dans la chaudière à mesure que l'eau s'évapore. La purge de déconcentration (« blow » au Japon) évacue une partie de cette eau et la remplace par de l'eau d'alimentation : son rôle est distinct de celui du traitement chimique.
Trop peu de purge laisse la concentration monter, trop de purge jette de l'eau chauffée et l'énergie qu'elle contient. Tenir la qualité d'eau dans ses limites en ne purgeant que le nécessaire économise à la fois l'eau et le combustible.
Figure 8 : calculer le débit de purge à partir des matières laissées par l'évaporation
Calcul illustratif en régime permanent, à niveau d'eau constant, sans tenir compte des matières dissoutes entraînées dans la vapeur.
Dans cet exemple, la purge représente 10 % du débit d'eau d'alimentation mais environ 11,1 % du débit de vapeur. Le même débit donne un pourcentage différent selon la base : précisez toujours « pourcentage de quoi » dans les relevés et les devis.
Calculez le taux de concentration à partir d'un constituant que le traitement n'ajoute ni ne retire. Si vous utilisez un rapport de conductivités, tenez compte de l'effet des produits chimiques et de la température, et ne modifiez pas les réglages de purge d'après un simple rapport.
Une concentration excessive et le moussage peuvent aussi entraîner des gouttelettes d'eau avec la vapeur. Si la vapeur est sale ou le niveau d'eau instable, examinez aussi le primage et le moussage.
Adapter consommables et inspections à l'exploitation réelle
Le sel et les produits chimiques s'épuisent en proportion de l'usage : revoyez-les quand la production change, et pas seulement selon un calendrier d'approvisionnement fixe. Si la production augmente et que l'eau d'appoint avec elle, la charge sur la résine et la consommation de produits augmentent pour le même nombre de jours.
Une baisse du retour de condensats fait aussi entrer plus d'eau d'appoint et modifie la charge de l'installation de traitement. Notez le débit d'eau d'appoint et le débit de vapeur à côté des achats de produits pour comprendre pourquoi la consommation a varié.
Si vous avez un contrat de maintenance, définissez qui fait les analyses et l'inspection des équipements, et pas seulement qui réapprovisionne le sel et les produits. Séparer les contrôles quotidiens des opérateurs et les inspections de spécialistes permet de savoir qui appeler en cas de problème.
Une courbe de tendance de la qualité d'eau repère des évolutions qu'un intervalle d'inspection fixe peut manquer.
Quand la qualité d'eau change, cherchez le jour même un changement de source d'eau brute, une régénération, un changement de produit ou une variation du retour de condensats. Identifiez l'étape qui a changé avant d'ajouter du produit pour corriger une seule mesure.
Le coût du traitement d'eau comprend le sel, l'eau, les rejets, les analyses et la maintenance, en plus des produits. Comparez-le aux coûts de réparation et aux pertes de production dues aux pannes imprévues.
Suivre la consommation de combustible à côté de la qualité d'eau aide aussi à repérer les variations du rendement de la chaudière. Une gestion quotidienne régulière de l'eau soutient l'effort d'économie d'énergie et de gestion de l'énergie de l'usine.
Liste de contrôle avant la mise en service d'une chaudière japonaise
Passez cette liste en revue à l'arrivée d'une chaudière ou d'un ensemble de traitement d'eau de fabrication japonaise, ou en reprenant une installation existante :
- Édition de la JIS B 8223, catégorie de chaudière, plage de pression, type d'eau d'appoint et méthode de traitement sur lesquels reposent les limites de qualité d'eau
- Limites distinctes pour l'eau d'appoint, l'eau d'alimentation, l'eau de chaudière et les condensats
- Unités vérifiées (mS/m ou µS/cm ; mg/L de CaCO3 ou °f) et température de référence du pH et de la conductivité
- Méthode d'essai de la consommation d'acide et lien avec votre mesure de TA/TAC
- Capacité de l'adoucisseur par rapport au débit d'eau d'appoint prévu, et réglages de régénération
- Méthode d'élimination de l'oxygène (thermique, sur membrane, chimique ou combinée) et résiduel à surveiller
- Noms des produits chimiques, disponibilité locale, statut réglementaire local (l'hydrazine, par exemple) et adéquation à l'usage de la vapeur (contact alimentaire direct, par exemple)
- Besoin de traitement des condensats, distinct du traitement de l'eau de chaudière
- Méthode de purge, base de commande (conductivité ou constituant précis) et mode d'expression du débit
- Points de prélèvement, refroidissement des échantillons et procédure de sécurité du site pour le prélèvement
- Procédure de conservation à l'arrêt (humide ou sèche) pendant les arrêts, fournie par le constructeur
- Qui fixe et approuve la norme de contrôle du site, et qui décide quand une mesure sort de la plage
Questions à poser au fournisseur japonais
Ces questions couvrent les points qui restent le plus souvent flous sur une fiche de qualité d'eau traduite :
- De quel tableau et de quelle colonne de la JIS B 8223 (et de quelle édition) vos limites de qualité d'eau sont-elles tirées ?
- Vos limites diffèrent-elles de la JIS B 8223 pour ce modèle ? Si oui, quels paramètres, et quelles limites s'appliquent à la garantie ?
- Quelle qualité d'eau d'appoint avez-vous supposée (analyse de l'eau brute, eau adoucie ou déminéralisée) ?
- Quels produits chimiques recommandez-vous, et existe-t-il des équivalents locaux que vous acceptez ?
- Acceptez-vous un programme de traitement d'eau fondé sur l'ASME ou sur les NF EN (12953-10, 12952-12), et à quelles conditions ?
- Quelle méthode de purge et quelle base de commande recommandez-vous pour cette chaudière ?
- Quelle est la procédure d'arrêt et de conservation, et que faut-il faire avant le redémarrage ?
Modèle de courriel de demande
Adaptez la formulation ci-dessous et joignez votre analyse de l'eau brute.
Objet : Exigences de qualité d'eau pour [modèle / numéro de série]
Bonjour [Nom],
Nous préparons le programme de traitement d'eau de la chaudière [modèle] livrée sur le site de [site]. Pourriez-vous nous confirmer les points suivants ?
1. L'édition, la catégorie de chaudière et la colonne de la JIS B 8223 sur lesquelles reposent vos limites pour l'eau d'alimentation et l'eau de chaudière.
2. Les éventuelles limites propres au modèle qui diffèrent de la JIS B 8223, et celles qui s'appliquent à la garantie.
3. Les unités et la température de référence de la conductivité et du pH, ainsi que la méthode d'essai de la consommation d'acide (pH 8,3).
4. Les produits chimiques que vous recommandez, et si des équivalents disponibles localement sont acceptables.
5. La méthode de purge recommandée et la procédure d'arrêt et de conservation.Notre analyse de l'eau brute est jointe. Nous prévoyons d'utiliser une eau d'appoint [adoucie / déminéralisée] avec environ [X] % de retour de condensats.
Cordialement,
[Nom]
[Société]
Cas où ce guide ne s'applique pas
Les valeurs de cet article sont des exemples pour une catégorie de chaudière et une condition données. Les limites changent avec le type de chaudière, la pression, l'eau d'appoint et la méthode de traitement : fixez vos limites de contrôle à partir de la notice de la chaudière et de la spécification de traitement d'eau.
Les chaudières à plus haute pression, les chaudières alimentées en eau déminéralisée et les chaudières à eau chaude ont leurs propres limites, que cet article ne couvre pas. La réglementation locale des équipements sous pression (suivi en service, inspections périodiques), les assureurs et les organismes d'inspection peuvent aussi imposer des exigences, en France comme au Maroc ou ailleurs : confirmez-les auprès du responsable de la conformité des chaudières de votre site.
FAQ
L'eau du réseau doit-elle être traitée avant d'entrer dans une chaudière ?
Le fait d'être potable ne rend pas une eau adaptée à une chaudière. L'eau du réseau contient encore de la dureté et de l'oxygène dissous. Comparez une analyse de l'eau brute aux exigences de la chaudière, puis choisissez l'adoucissement, l'élimination de l'oxygène ou d'autres étapes selon les besoins.
Avec un adoucisseur, faut-il encore des produits chimiques et une purge ?
Un adoucisseur seul ne règle pas la question. Il échange les ions de dureté ; il ne retire ni l'oxygène ni tous les sels dissous. Le besoin de produits chimiques et de purge dépend de ce qui reste dans l'eau, de son degré de concentration et de la méthode de traitement de la chaudière.
Si le pH est normal, l'eau de chaudière est-elle bonne ?
Pas forcément. Le pH seul ne révèle ni une fuite de dureté, ni l'oxygène dissous, ni la concentration. À chaque point de prélèvement, mesurez les paramètres que la spécification de traitement fixe pour ce point, et lisez les résultats avec l'historique de fonctionnement des équipements.
Quelle différence entre eau adoucie et eau déminéralisée ?
L'eau adoucie a surtout perdu sa dureté, alors que l'eau déminéralisée a été débarrassée des ions et d'autres impuretés de façon bien plus large. Le choix dépend de la pression de la chaudière et de l'usage de la vapeur : le nom seul ne dit pas si l'eau convient comme eau d'alimentation.
L'eau de chaudière demande-t-elle de l'attention à l'arrêt ?
Oui. La corrosion se poursuit à l'arrêt, car le métal reste en contact avec l'eau et l'air. Suivez la procédure de conservation humide ou sèche du constructeur pour la durée de l'arrêt, y compris les étapes du redémarrage.
Sources
- Limites JIS B 8223:2021 pour les chaudières à circulation spéciale multitubulaires et commande de la purge : ministère japonais de l'Environnement, « Gestion appropriée de la qualité de l'eau d'alimentation des chaudières » (en japonais)
- Titre et champ de la JIS B 8223:2021 : Japanese Standards Association, aperçu de l'édition anglaise de la JIS B 8223:2021
- Guide de consensus ASME : ASME, « Consensus on Operating Practices for the Control of Feedwater and Boiler Water Chemistry in Industrial and Institutional Boilers » (en anglais)
- Champ de la NF EN 12953-10 : AFNOR Norm'Info, NF EN 12953-10 ; en anglais : BSI, « Shell boilers – Requirements for feedwater and boiler water quality »
- Champ de la NF EN 12952-12 : AFNOR Norm'Info, NF EN 12952-12 ; en anglais : Genorma, EN 12952-12:2003
- Consommation d'acide (pH 8,3) et alcalinité P : bureau de la rivière Edogawa du MLIT, entrée de glossaire sur l'alcalinité (en japonais)
- TA et TAC en eau de chaudière : Wikipédia, « Alcalinité de l'eau » ; revue EIN, analyse des eaux de chaudière : signification des titres TA, TAC, TA(OH)
- Référence IS 10392 : fiche IS 10392 (Standards.ie, en anglais)
- Oxygène dissous, dioxyde de carbone et corrosion des condensats : Kurita Water Industries, corrosion dans les chaudières (en japonais)
- Adoucissement, déminéralisation, tartre et corrosion : Spirax Sarco, « Water for the Boiler » (en anglais)
- Eau d'alimentation et dégazage : Spirax Sarco, « The Feedtank and Feedwater Conditioning » (en anglais)
- Concentration et conductivité : Spirax Sarco, « Controlling TDS in the Boiler Water » (en anglais)
- Adoucisseurs et dégazage sur membrane : Miura, documentation technique sur les équipements de traitement d'eau (en japonais)
- Test de dureté en sortie d'adoucisseur : Miura, pourquoi un indicateur de dureté est nécessaire (en japonais)
- Conservation à l'arrêt : Kurita Water Industries, prévention des problèmes des chaudières basse pression à l'arrêt (en japonais)
Article original en japonaisCe guide est adapté d’un article de MONOSCOPE écrit pour les lecteurs au Japon : ボイラー水の水処理とは?軟水化・脱酸素・アルカリ化と管理の要点


